On croit souvent, à tort, que la parution du Deuxième Sexe en 49 fut une illumination pour bien des femmes en quête d’identité. Mais cet essai, qui allait devenir très vite la bible du féminisme mondial, s’il déclencha en France de violentes polémiques entre intellectuels, ne suscita pas dans le public de prise de conscience notable. Les esprits n’étaient pas mûrs pour reconnaître l’immense nouveauté de cette analyse de la condition féminine.
Lorsque je l’avais lu moi-même, j’avais admiré bien sûr la puissance d’analyse de Simone de Beauvoir, le sérieux et l’ampleur de son travail d’ethnologue, mais un peu comme s’il s’agissait d’une étude sur une tribu mal connue, les Pygmées par exemple. Pas une seconde je ne m’étais reconnue dans cette description d’une peuplade sous-développée. Pas une seconde ne m’effleura l’idée que je faisais partie de cette peuplade. Que j’étais moi-même une de ces Pygmées ! Beauvoir d’ailleurs dans les années 50 se voulait philosophe et historienne et ne se revendiquait nullement comme féministe, ce qui en dit long sur la disqualification du mouvement. Le mot féminisme allait d’ailleurs disparaître du Dictionnaire Littré en 58, ce qui en dit long aussi.
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