Saturday, 14 January 2012

Guyane : Le pont qui ne sert à rien

Lorsqu’il se découpe enfin dans la brume et les vapeurs chaudes, coque élégante en suspension entre deux mondes, on songe ­d’emblée à « Fitzcarraldo ». A ces chimères dont l’Amazonie a toujours été grande ­pourvoyeuse et qui ne s’apprécient qu’à l’aune de leur démesure et de leur ­vanité.

Vendredi 6 janvier, en fin de matinée, Michel Peyrard termine sa traversée du pont, arrivant au Brésil. Au centre, deux voies de 3,50 mètres chacune, pour véhicules. Sur les côtés, les passages pour piétons et cyclistes

Le pont sur l’Oyapock, qui unit en un saisissant raccourci la France et le Brésil, appartient à ces épopées, à ces conquêtes aussi inutiles qu’indispensables. « Concrètement, humainement, économiquement, ce pont ne servira à rien », m’a prévenu, au départ de Cayenne, le chercheur Gérard Police, Guyanais depuis plus de trente ans et docteur en études brésiliennes. « Mais c’est un super outil diplomatique et ­géopolitique, un monument presque ­totémique destiné à être inauguré et ­célébré. »

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